Le 8 octobre 2026, les professionnel·les de la petite enfance se sont mobilisé·es à l’appel du collectif Pas de bébés à la consigne, dont le SNPPE est membre. Grèves, rassemblements et initiatives locales ont porté une même exigence : des moyens pour accueillir les enfants dans de bonnes conditions et une véritable reconnaissance des métiers. Pour le SNPPE, cette journée appelle désormais des réponses politiques concrètes.
Une mobilisation qui se mesure aussi dans les équipes
Dans son communiqué du 9 octobre, le collectif fait état de manifestations et de rassemblements dans une trentaine de villes, ainsi que de milliers de professionnel·les mobilisé·es dans la rue et en grève.
L’ampleur du mouvement s’observe aussi dans les établissements : fermetures, accueils restreints, arrêts de travail et équipes fortement mobilisées. Les rassemblements ont été d’ampleur variable selon les territoires. Le bilan doit prendre en compte toutes ces formes d’action.
Un témoignage reçu par le SNPPE l’illustre : 17 personnes sur 18 en grève dans une équipe, dont les deux personnels techniques, sans manifestation locale. Les collègues y dénoncent les rémunérations, les effectifs insuffisants et les tâches supplémentaires qui réduisent la disponibilité auprès des enfants.
Ce témoignage rappelle aussi la place des personnels de cuisine et d’entretien. Leur travail contribue pleinement au fonctionnement des structures et à la qualité de l’accueil. Leur reconnaissance doit faire partie des revendications.
Une revalorisation salariale pour toutes et tous
Aux côtés des revendications communes du collectif sur l’encadrement, la formation et les conditions de travail, le SNPPE porte une exigence : une revalorisation salariale durable pour toutes et tous, sans exclusion liée au statut ou au mode de financement.
Cette exigence concerne les assistant·es maternel·les, les agent·es de la fonction publique, les salarié·es du privé et de l’associatif, ainsi que les professionnel·les des micro-crèches financées par le CMG.
Nous demandons la reconnaissance des qualifications, de l’expérience, des responsabilités et de la pénibilité. Les financements publics consacrés à l’attractivité doivent se traduire dans les rémunérations des professionnel·les, sans accroître le reste à charge des familles.
Pas de revalorisation à deux vitesses.
Reconnaître l’engagement et renforcer les relais locaux
Le SNPPE remercie les professionnel·les qui ont fait grève, participé aux actions et partagé leurs témoignages, ainsi que les équipes militantes qui ont construit les mobilisations locales.
Chaque contribution compte pour construire une mobilisation dans la durée.
Nous attendons des engagements de la ministre
Une délégation du collectif a été reçue par des membres du cabinet de Stéphanie Rist. Faute de réponses immédiates, le cabinet s’est engagé à une nouvelle rencontre d’ici mi-novembre, selon le communiqué du collectif.
Pour le SNPPE, la ministre doit recevoir elle-même les représentant·es du secteur et prendre des engagements politiques précis, chiffrés et financés, avec un calendrier de mise en œuvre.
Les professionnel·les ont exposé les difficultés et les besoins. Le gouvernement doit apporter des réponses sur les effectifs, les taux d’encadrement, la formation, les rémunérations et le financement des modes d’accueil.
Nous apprécierons ces réponses à leurs effets concrets sur le travail des équipes et sur l’accueil des enfants.
Prolonger la dynamique du 8 octobre
Le SNPPE poursuivra son action au sein du collectif et auprès des professionnel·les. Vous pouvez nous transmettre votre bilan local : commune, mode d’accueil, nombre de grévistes rapporté à l’effectif de l’équipe, fermeture totale ou accueil restreint.
À deux jours de la mobilisation nationale du 8 octobre, le SNPPE demande que la ministre de la Santé et des Familles reçoive personnellement le collectif Pas de bébés à la consigne. Les alertes des professionnel·le·s exigent un engagement ministériel et des décisions concrètes.
Le 8 octobre, les professionnel·le·s de la petite enfance se mobiliseront partout en France à l’appel du collectif Pas de bébés à la consigne, dont le SNPPE est membre. Au cœur de cette mobilisation : les qualifications, les rémunérations, les conditions de travail et les moyens nécessaires pour accueillir dignement les jeunes enfants.
Le collectif a demandé une rencontre avec Stéphanie Rist, ministre de la Santé et des Familles. La réponse propose un échange avec des membres de son cabinet les 13 ou 14 octobre, après la mobilisation. Aucune rencontre avec la ministre elle-même n’est proposée.
Pour le SNPPE, cette réponse traduit un mépris politique envers un secteur dont le gouvernement semble attendre qu’il continue à tenir, quelles que soient les conditions.
La petite enfance mérite un engagement ministériel direct
Quand les pêcheurs alertent sur l’avenir de leur profession, la ministre chargée de la Mer et de la Pêche annonce un déplacement à Sète et au Grau-du-Roi pour les rencontrer. Cette considération est légitime. Les professionnel·le·s de la petite enfance doivent bénéficier du même engagement ministériel.
Pourquoi celles et ceux qui accueillent les jeunes enfants devraient-ils se contenter d’un rendez-vous avec des conseillers lorsqu’ils demandent des décisions politiques ?
Les équipes ont besoin que leurs alertes débouchent sur des arbitrages et des moyens. Un échange avec le cabinet ne saurait remplacer l’engagement de la ministre.
De la petite enfance à la jeunesse, une parole qui doit être entendue
Les professionnel·le·s réclament les moyens d’accueillir dignement les tout-petits. Les lycéen·ne·s réclament les moyens d’étudier dans de bonnes conditions. Leurs revendications concernent les effectifs, les moyens, la sécurité et l’avenir. Elles exigent une réponse politique à la hauteur.
Face aux mobilisations lycéennes, les interventions policières et les violences présumées ayant conduit à l’ouverture d’enquêtes de l’IGPN soulèvent une question fondamentale : quelle place le gouvernement accorde-t-il à la parole de la jeunesse ?
Quel message adresse-t-on à une génération lorsque, dès la petite enfance, les adultes qui prennent soin d’elle peinent à être entendus, puis que sa propre mobilisation se heurte à la répression ?
Pour le SNPPE, de la petite enfance à la jeunesse, un même mépris se dessine lorsque les besoins sont relégués, les alertes minimisées et la parole de celles et ceux qui se mobilisent disqualifiée.
Nos demandes à la ministre
Le SNPPE demande à Stéphanie Rist :
de recevoir personnellement le collectif Pas de bébés à la consigne ;
de rencontrer les équipes sur le terrain ;
d’apporter des réponses concrètes sur les qualifications, les rémunérations, les conditions de travail et le financement de l’accueil.
Le 8 octobre, nous manifesterons pour nos métiers, notre dignité et les droits des enfants. De la petite enfance à la jeunesse, nous refusons que le mépris devienne une manière de gouverner.
Le 28 juillet dernier, le SNPPE saisissait le Premier ministre pour demander un contrôle national du groupe People&Baby. Plus de deux mois plus tard, Matignon nous a répondu par un simple courrier de transmission. Ce courrier ne contient ni engagement, ni calendrier, ni mesure conservatoire. Nos avocats, Maîtres William Bourdon et Vincent Brengarth, réagissent dans un communiqué que nous publions ci-dessous, avec la réponse de Matignon.
Rappel : ce que nous avons demandé
Après la fermeture de deux crèches People&Baby à Villejuif sur fond de soupçons de maltraitances, le SNPPE a saisi le Premier ministre le 28 juillet 2026. Ces fermetures interviennent dans un contexte déjà lourd : le décès d'un nourrisson dans une crèche du groupe à Lyon en 2022, puis une plainte pénale consécutive aux révélations de l'ouvrage Les Ogres.
Nous demandions :
une mission nationale conjointe de l'IGAS et de l'IGF portant sur l'ensemble du groupe ;
un moratoire sur toute nouvelle autorisation, reprise d'établissement, délégation de service public ou réservation de berceaux au bénéfice du groupe ;
le réexamen coordonné des autorisations existantes ;
la suspension ou la fermeture des structures où la sécurité des enfants ne peut être garantie ;
le transfert progressif des établissements vers d'autres gestionnaires, avec maintien des contrats de travail des professionnel·le·s.
La réponse de Matignon : une simple transmission
Par un courrier daté du 30 septembre 2026, le chef de cabinet du Premier ministre nous remercie. Il indique que notre demande a été transmise à Mme Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, « afin qu'elle en prescrive l'examen ».
Ce courrier ne prend aucun engagement, ne fixe aucun calendrier et n'annonce aucune mesure pour protéger les enfants accueillis dans les crèches du groupe. Face à des faits d'une telle gravité, le SNPPE attendait une réaction immédiate de l'État.
L'IGAS confirme pourtant l'utilité d'un contrôle national
Cette attente est d'autant moins compréhensible que l'IGAS vient de démontrer ce que permet un contrôle national d'un groupe de crèches privées. Dans une note du 3 septembre 2026, adressée à la ministre elle-même, la commission des suites de l'IGAS fait le point sur le groupe La Maison Bleue. Elle relève :
40 M€ d'anomalies financières estimées à fin 2023 ;
l'impossibilité de valider les frais de siège déclarés aux CAF, et un risque que des fonds publics financent indirectement des acquisitions à l'étranger, au détriment des crèches situées en France ;
l'absence de preuve que les excédents dus aux collectivités leur soient effectivement reversés ;
plus d'une cinquantaine de manquements au taux d'encadrement en 2025 et début 2026, ainsi que des cas d'accueil en surnombre.
Quatorze mois après le rapport provisoire, les principaux écarts financiers ne sont toujours pas résorbés.
Ce que demande le SNPPE
Pour le SNPPE, ces défaillances ne sont pas des incidents isolés. Elles traduisent un lien structurel entre recherche de rentabilité, opacité financière et dégradation de la qualité d'accueil. Les premières victimes en sont les enfants et les professionnel·le·s qui les accompagnent au quotidien.
Nous demandons à Mme la ministre de se prononcer sans délai sur chacune de nos demandes, et réitérons notre demande de mission conjointe IGAS/IGF sur le groupe People&Baby, avec les mesures conservatoires qui l'accompagnent.
Le SNPPE continuera d'informer les professionnel·le·s et les familles des suites de cette démarche.
Vous êtes professionnel·le dans une crèche People&Baby ou dans une autre structure et vous souhaitez témoigner ou être accompagné·e ? Contactez le SNPPE. Votre démarche restera confidentielle.
Vous n'avez pas choisi ce métier pour parler de PSU, de taux d'occupation ou de bonus territoire. Sauf que ces trois choses décident, chaque jour, du nombre d'adultes présents auprès des enfants, du temps que vous avez pour vous parler entre collègues, et de la possibilité d'accueillir ou non un enfant en situation de handicap. Le SNPPE rend public un dossier complet sur la réforme du financement de l'accueil collectif. Voici ce qu'il dit, et pourquoi ça vous concerne.
Pourquoi ce débat a lieu maintenant
La convention d'objectifs et de gestion (COG) qui lie l'État et la CNAF doit être renouvelée pour 2028. C'est le document qui fixe, pour plusieurs années, les moyens de la branche famille et les règles de financement des crèches. Autrement dit : ce qui sera écrit dedans déterminera vos conditions de travail jusqu'au début des années 2030.
Or le constat est désormais partagé bien au-delà des organisations professionnelles : la PSU n'est plus adaptée. Les rapports officiels le disent, les gestionnaires le disent, les collectivités le disent. Le chantier est donc ouvert — et il l'est concrètement, depuis le début de l'année, au sein du comité de filière petite enfance, dans un groupe de travail dédié au financement auquel le SNPPE participe.
C'est dans ce cadre que s'inscrit le dossier présenté ici. Ce n'est pas une tribune de plus : c'est une contribution versée à une négociation en cours, du point de vue des professionnel·le·s. Et c'est précisément pour ça que le moment de peser, c'est maintenant. Une fois la COG signée, les règles seront fixées pour cinq ans.
1. Le mécanisme actuel, en trois minutes
Une crèche financée par la PSU (prestation de service unique) reçoit de la CAF une somme calculée à l'heure facturée. Plus les enfants sont inscrits sur des créneaux longs et réguliers, plus la structure encaisse. Moins ils le sont, moins elle encaisse.
En face, les dépenses ne bougent pas. Les salaires, la direction, le loyer, les fluides, les protocoles, les taux d'encadrement : tout cela existe qu'il y ait 12 enfants ou 9 dans la section. Ce sont des charges fixes.
Vous avez déjà le problème sous les yeux : les recettes varient, les charges non.
Ce système a été mis en place en 2014 avec un objectif précis — faire monter le taux de fréquentation des crèches. Onze ans plus tard, ce taux est à 57,3 %, en baisse continue depuis 2019. La réforme a raté sa propre cible. Le débat n'est donc même plus de savoir si le modèle est juste : il ne fait pas ce qu'il avait promis.
Le vocabulaire qu'on va vous opposer en réunion
Heure facturée : l'heure inscrite au contrat, payée par la famille et financée par la CAF. Ce n'est pas forcément l'heure où l'enfant était là.
Taux d'occupation / taux de fréquentation : le rapport entre les heures réellement consommées et les heures théoriquement ouvrables. C'est l'indicateur qui met la pression.
Charges fixes : ce qui se paye même quand la section est à moitié vide.
Bonus : une enveloppe conditionnelle, obtenue sur dossier, pour une mission précise (mixité, handicap, attractivité…).
Temps non-présentiels : réunions d'équipe, analyse des pratiques, formation, préparation, coordination avec la PMI. Le travail que vous faites et que le modèle ne voit pas.
2. Ce que ça produit concrètement chez vous
Vous n'avez pas besoin d'un rapport pour reconnaître ces situations. Mais il se trouve que l'Inspection générale des finances et l'Inspection générale des affaires sociales les ont documentées, dans une revue de dépenses publiée en juillet 2026. Noir sur blanc, dans un rapport officiel.
La course au remplissage. Le rapport parle de « pratiques de suroccupation exigeantes pour le personnel », concentrées sur les temps de repas. Vous appelez ça autrement.
La chasse aux contrats longs. Entre 2019 et 2025, le nombre d'enfants accueillis par place est passé de 2,4 à 1,84, pendant que le nombre d'heures facturées par enfant augmentait. Traduction : moins d'enfants, chacun plus longtemps. En six ans, une place de crèche accueille un demi-enfant de moins. C'est la définition mathématique de la sélection des contrats les plus réguliers — et donc, mécaniquement, des familles les plus stables professionnellement.
Le recul de l'accueil occasionnel et des horaires atypiques. 1,1 million d'enfants de moins de trois ans ont au moins un parent en horaires décalés. 90 % de ces parents déclarent ne pas trouver de solution. Personne n'est financièrement incité à leur répondre.
Les temps invisibles qui sautent. Ce qui n'est pas financé finit toujours par être comprimé, reporté, ou absorbé par les équipes. C'est la phrase centrale du dossier : ce que le système ne finance pas, il le fait payer aux professionnel·le·s.
Et un effet plus violent encore : la pénurie de personnel est financièrement sanctionnée. Il y a aujourd'hui 13 700 ETP vacants dans les crèches. Chez les EJE, le taux de vacance atteint 14 %. Faute de professionnel·le·s, des sections ferment, des amplitudes se réduisent, des places ne s'ouvrent pas. Donc les heures facturées baissent. Donc le financement baisse. Donc la structure a encore moins de moyens pour recruter et fidéliser. La boucle est complète, et elle tourne dans le mauvais sens.
3. Le chiffre qui devrait faire scandale
En 2025, 630 millions d'euros ouverts au budget du FNAS n'ont pas été dépensés, principalement sur la petite enfance. 326 millions sur le fonctionnement, 224 millions sur le plan crèches.
Pas parce qu'il y avait trop d'argent. Sur les 326 millions de fonctionnement non consommés, 51 % s'expliquent directement par la baisse des heures facturées.
Autrement dit : le système est conçu pour ne pas dépenser au moment exact où les structures en ont le plus besoin. Pendant que 44 % des crèches associatives sont déficitaires et que les équipes s'épuisent, l'argent reste dans l'enveloppe.
Ce n'est pas un problème de budget. C'est un problème de conception.
4. Pourquoi les bonus ne rattrapent rien
L'architecture actuelle s'est construite par couches : PSU, puis bonus mixité, bonus territoire, bonus attractivité, bonus inclusion handicap, bonus trajectoire… Chacun a été créé pour corriger un défaut du précédent.
Le dossier les passe en revue, et le constat est le même à chaque fois :
Le bonus trajectoire (45 M€) est si peu efficient que les inspections recommandent de l'éteindre en 2027 — deux ans après sa création.
Le bonus mixité sociale recule de 7,4 % en 2025, non parce que la mixité recule, mais par effet mécanique de la hausse des participations familiales. L'indicateur ne mesure pas ce qu'il prétend mesurer.
Le bonus attractivité ne compense que 66 % du surcoût salarial et ne couvre que 45 % du capacitaire. Les structures qui ont revalorisé les premières se sont dégradées plus vite que les autres.
Le bonus inclusion handicap traite une obligation légale comme un projet à justifier : dossier annuel, validation, renouvellement — et versement l'année suivante, alors que les charges, elles, sont immédiates.
Le problème n'est pas le réglage de tel ou tel dispositif. C'est le principe : on ne transforme pas une obligation en option à activer par dossier. L'inclusion n'est pas un projet, c'est un droit. L'analyse des pratiques n'est pas un bonus, c'est une condition de la qualité.
Et il y a un point rarement dit : à reste à charge identique pour les familles, deux structures aux pratiques professionnelles radicalement différentes touchent aujourd'hui exactement le même montant. La qualité n'est pas seulement sous-financée — elle est invisible dans le modèle.
5. Ce que propose le SNPPE : financer d'abord la capacité
La proposition tient en une phrase.
On ne finance pas une caserne de pompiers au nombre d'incendies.
On la finance pour qu'elle soit là, dotée, équipée, prête. Parce que ses charges ne dépendent pas du nombre d'interventions, et parce que ce qu'on lui demande de garantir, c'est une disponibilité permanente. Personne ne réduirait ses moyens une année où il aurait moins brûlé.
Le second exemple est encore plus parlant, parce qu'il est déjà appliqué en France : on ne demande pas aux écoles de rembourser les absences des élèves. Et ce n'est plus une image — le coût horaire par enfant est quasiment identique dans les deux cas : 10,17 € en accueil collectif, 10,18 € en école préélémentaire. Mêmes coûts, logiques de financement radicalement différentes.
L'architecture en trois étages
Étage 1 — Un socle national forfaitaire par place ouverte. Il finance l'existence du service : les effectifs, l'amplitude d'ouverture, les qualifications, les obligations réglementaires, et les temps non-présentiels. Le SNPPE propose qu'il représente 60 à 70 % du financement de la branche famille.
Attention à un contresens fréquent : le socle ne porte pas sur la capacité théorique d'agrément, mais sur la place effectivement ouverte et dotée en personnel. Il est adossé à un engagement d'amplitude d'ouverture. Et une sous-occupation durable — appréciée sur plusieurs années, pas sur les variations de l'été — déclenche un dialogue de gestion, pas une sanction automatique. Financer la capacité, ce n'est pas financer l'inactivité.
Étage 2 — Une modulation territoriale automatique. Les charges horaires varient du simple au double selon les départements. Un coefficient géographique corrige ces écarts, sans que personne ait à monter un dossier.
Étage 3 — Une majoration intégrée pour missions renforcées. Accueil d'enfants à besoins spécifiques, amplitudes atypiques, accueil occasionnel, fragilité sociale du territoire. Intégrée : donc sans dossier annuel à justifier. C'est la fin de la logique de bonus, remplacée par une logique de garantie.
Le reste — 30 à 40 % — reste lié à l'activité. Le SNPPE ne demande pas la suppression de toute part variable. Il demande qu'elle cesse d'être le pilier.
Et le passage au financement à la demi-journée ?
Les inspections le proposent, avec une expérimentation dès 2027. Le SNPPE y est favorable, mais dit clairement pourquoi ça ne suffit pas : ça change le pas de temps de la facturation, pas l'assiette du financement. Une structure peu occupée restera dépendante de son taux de remplissage. Et le risque est identifié par les inspections elles-mêmes : la disparition des fréquentations inférieures à une demi-journée, c'est-à-dire de l'accueil occasionnel.
La demi-journée est une bonne modalité pour la part variable. Elle ne peut pas tenir lieu de socle.
6. Le point de bascule : les moyens humains
C'est là que le dossier est le plus net. La qualité passe par les moyens humains, pas par des bonus.
Le cadre légal est d'ailleurs sans ambiguïté : l'article L. 2324-1 du Code de la santé publique pose l'obligation de protection de la santé, de la sécurité et du développement des enfants. Les taux d'encadrement et les qualifications requises relèvent du même code. Ce ne sont pas des ambitions optionnelles — ce sont des obligations. Elles doivent donc être financées comme telles, pas conditionnées à un taux de remplissage.
Deux points méritent votre attention particulière.
La baisse de la natalité comme opportunité, pas comme prétexte à couper. Moins d'enfants, ça peut vouloir dire des taux d'encadrement plus favorables, des temps non-présentiels renforcés, une meilleure inclusion, un retour de l'accueil occasionnel. Ou ça peut vouloir dire des fermetures. Le choix est politique, et il se joue maintenant. D'autant que le creux est temporaire : dans les trois scénarios de projection, le nombre d'enfants de moins de trois ans repart à la hausse après 2030. Et d'ici 2033, la France perdra environ 240 000 places d'accueil formel, surtout du fait des départs en retraite des assistantes maternelles. Fermer aujourd'hui des places qu'il faudra rouvrir demain coûte plus cher que de les maintenir.
Ce qui coûte, ce n'est pas la formation : c'est le remplacement. Vous le savez mieux que quiconque. Dans un établissement soumis à des taux d'encadrement réglementaires, partir en formation signifie une place fermée, une amplitude réduite, ou de l'intérim. C'est pour ça que les VAE échouent à 61 % chez les auxiliaires de puériculture et 55 % chez les EJE : pas par désintérêt, mais faute de temps de préparation accordé sur le temps de travail.
Le SNPPE demande donc que le financement du remplacement pendant les temps de formation soit intégré au socle. L'ordre de grandeur est chiffré dans le dossier : financer cinq journées annuelles de formation et d'analyse des pratiques, remplacement compris, représenterait 130 à 150 millions d'euros par an pour environ 140 000 professionnel·le·s.
À comparer avec l'enveloppe « attractivité » affichée aujourd'hui : 85 millions, dont 80 pour un délai de carence chez les assistantes maternelles — mesure utile, mais qui ne forme personne et ne concerne pas l'accueil collectif.
Le Conseil d'État a tranché ce débat le 27 mai 2026, en annulant un relèvement des exigences de qualification en micro-crèche : il a retenu l'insuffisance de l'offre de formation et l'absence de voies alternatives. La leçon est claire, et le SNPPE la reprend à son compte : on ne relève pas les exigences sans avoir d'abord financé la formation. D'où un séquençage en deux temps — consolidation d'abord (années 1-2), relèvement des taux d'encadrement ensuite (années 3-5).
7. Qui contribue, qui décide
Un Fonds national unifié, alimenté par l'État, la branche Famille, les collectivités et les employeurs.
Sur les employeurs, le dossier prend une position tranchée : oui à une contribution, non à la réservation de berceaux. Aujourd'hui, le crédit d'impôt famille représente 209 M€, dont 90 % au titre de la réservation. Des fonds publics financent donc un accès privatif à une ressource rare. Résultat : à situation familiale identique, obtenir une place peut dépendre de l'employeur des parents. Et vous avez probablement déjà vu le cas d'une famille dont l'accueil est remis en cause parce que la place peut être affectée à un berceau réservé plus rentable. Une place d'accueil n'est pas un actif commercial.
Le SNPPE demande donc une sortie progressive de ce système, et une contribution employeurs mutualisée, sans droit individuel de réservation.
Côté gouvernance, quatre niveaux articulés : l'État fixe le cadre et garantit les droits ; la CNAF et les CAF gèrent les flux ; le département planifie via le Schéma départemental des services aux familles (article L. 214-5 du CASF) et contrôle via la PMI ; les communes et EPCI organisent l'offre au titre du service public de la petite enfance créé par la loi du 18 décembre 2023.
Avec deux exigences fortes :
Rendre les SDSF opposables : l'accès au forfait national serait conditionné à la reconnaissance de la structure comme répondant à un besoin identifié par le schéma. Le SDSF cesse d'être un document descriptif pour devenir un outil de pilotage.
Une clause de non-substitution dans des conventions tripartites (CAF / gestionnaire / collectivité). Sans cela, le risque est évident : les collectivités retirent leurs cofinancements à mesure que le socle national monte, et la structure se retrouve à moyens constants. Une réforme pour rien.
Et des garanties sur l'usage des fonds publics. Ce n'est pas un détail : les quatre principaux groupes de micro-crèches affichent des taux de marge de 16 à 17 %, le tarif de réservation d'un berceau (12 000 à 15 000 €) n'est encadré par aucune règle, et la branche famille verse 5,70 € de l'heure pour une micro-crèche PAJE contre 4,74 € pour une crèche PSU. Le modèle le moins contraint réglementairement est aujourd'hui le mieux financé. Le SNPPE demande donc transparence comptable, affectation contraignante d'une part du socle aux dépenses de personnel, et encadrement du résultat réalisé sur fonds publics.
Demander la stabilité du financement et garantir son bon usage, c'est la même exigence.
8. Le calendrier
Rien de brutal, et c'est volontaire — le secteur n'a pas besoin d'une secousse de plus.
Quand
Quoi
2026-2027
Inscription des principes dans la prochaine COG État-CNAF. Revalorisation immédiate du plafond PSU, compensation intégrale du bonus attractivité, extinction du bonus trajectoire.
2028-2029
Création du Fonds national. Expérimentation sur territoires volontaires. Suppression progressive des bonus. Première étape du socle.
2030-2031
Montée en charge du forfait territorial. Premier relèvement des exigences d'encadrement, adossé au plan de formation.
2032-2033
Généralisation. Bascule des micro-crèches PAJE vers la PSU. Évaluation nationale.
9. Pourquoi votre voix compte dans ce débat
Ce dossier va circuler chez les fédérations gestionnaires, à la CNAF, dans les administrations. Ce sont des interlocuteurs légitimes. Mais il y a une chose qu'ils ne peuvent pas apporter : la connaissance de ce que le modèle produit réellement dans une section, un mardi de novembre, avec deux collègues absentes et un enfant en cours d'adaptation.
Vous savez ce que coûte un accueil occasionnel qu'on ne peut plus proposer. Vous savez ce que devient une analyse des pratiques qui saute trois fois de suite. Vous savez ce que signifie « suroccupation au moment du repas ».
Ces constats ne sont pas des impressions. Ils sont désormais documentés par un rapport. Ce qui manque, c'est que les professionnel·le·s les portent dans le débat au lieu de les subir dans le quotidien.
Derrière chaque règle de financement, il y a des conditions d'accueil et des conditions de travail.
Le dossier complet du SNPPE — « Réforme du financement de l'accueil collectif du jeune enfant » — est un outil de travail. Il a vocation à être discuté, amendé, enrichi. Les retours de terrain sont attendus.
À l’occasion de la mobilisation nationale du 8 octobre 2026, le SNPPE exige une revalorisation salariale pour l’ensemble des professionnel·les de la petite enfance. Aucun métier ne doit être oublié en raison de son statut, de son employeur ou du financement de son mode d’accueil.
Nos responsabilités sont immenses. Nos salaires ne le sont pas.
Accueillir les jeunes enfants, accompagner leur développement, répondre à leurs besoins et soutenir les familles exigent des compétences, des qualifications et une responsabilité considérable.
Pourtant, les métiers de la petite enfance restent parmi les moins bien rémunérés.
Cette insuffisance salariale alimente la perte d’attractivité, les difficultés de recrutement, les départs de professionnel·les expérimenté·es et la dégradation des conditions d’accueil.
La qualité de l’accueil ne peut pas reposer durablement sur l’engagement de professionnel·les insuffisamment reconnu·es et rémunéré·es.
Pas de revalorisation à deux vitesses !
Les mesures prises ces dernières années restent fragmentées. Elles varient selon le statut, la convention collective, l’employeur, le territoire ou le mode de financement de l’accueil.
Certain·es professionnel·les bénéficient d’une revalorisation, tandis que d’autres exerçant des fonctions comparables en restent exclu·es.
Pour le SNPPE, cette situation n’est plus acceptable.
Les financements publics consacrés à l’attractivité doivent bénéficier directement aux professionnel·les, qu’elles et ils travaillent :
comme assistant·es maternel·les ;
dans une micro-crèche financée par le CMG ;
dans une crèche associative ;
auprès d’un gestionnaire privé ;
dans une collectivité territoriale ou un établissement public.
Revaloriser toutes les professionnel·les
Pour les assistant·es maternel·les
Le SNPPE demande une véritable revalorisation du salaire horaire minimal, une meilleure reconnaissance de l’expérience et des compétences, ainsi que des droits sociaux et une retraite à la hauteur du travail accompli.
Cette revalorisation doit être financée sans augmenter le reste à charge des familles.
Pour les professionnel·les des micro-crèches financées par le CMG
Le mode de financement d’une micro-crèche ne doit plus exclure ses salarié·es des dispositifs publics d’attractivité.
Les financements accordés aux gestionnaires doivent permettre des augmentations salariales effectives et la reconnaissance des diplômes, de l’ancienneté et des responsabilités.
Pour les agent·es de la fonction publique
Le SNPPE revendique la revalorisation du point d’indice et des grilles, l’attribution du complément de traitement indiciaire aux professionnel·les de la petite enfance, des primes d’attractivité pérennes et la fin des inégalités d’IFSE entre métiers et collectivités.
Pour les salarié·es du privé et du secteur associatif
Les minima conventionnels doivent être durablement revalorisés.
Les qualifications, l’expérience et l’ancienneté doivent être reconnues. Les professionnel·les ont besoin d’augmentations pérennes, et non d’une succession de primes ponctuelles.
Les financements publics destinés à l’attractivité doivent obligatoirement produire une amélioration réelle des rémunérations.
Téléchargez et diffusez le tract du SNPPE
Ce tract peut être imprimé, affiché dans les établissements et les services, distribué aux professionnel·les et partagé sur les réseaux sociaux.
La revalorisation salariale de toutes et tous complète les revendications portées nationalement par le collectif Pas de bébés à la consigne.
Le jeudi 8 octobre 2026, le SNPPE appelle les professionnel·les de la petite enfance à faire grève et à rejoindre les manifestations et rassemblements organisés partout en France.