L’empoisonnement d’un bébé par l’employée d’une crèche privé survenu la semaine dernière à Lyon a déclenché une onde de choc en France. L’affaire a libéré la parole sur les conditions de travail des professionnelles et professionnels du secteur de la petite enfance et les situations de maltraitance qui peuvent en découler. Pénurie de personnel, manque de moyens pour accueillir dignement les enfants et leurs familles… Les professionnels tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années, sans être écoutés, explique au JDD Lucie Robert, auxiliaire de puériculture et co-secrétaire générale du Syndicat National des professionnels de la Petite Enfance (SNPPE).
Le SNPPE, qui a réalisé avant les élections législatives un état des lieux, le confirme. « Dans les réponses qu’on a reçues, on a des structures qui ont diminué leur amplitude horaire, d’autres qui ont fermé des sections pour pouvoir continuer d’accueillir les enfants en toute sécurité… Partout, il y a beaucoup d’heures supplémentaires effectuées par les professionnels en poste, afin de pallier au mieux les absences », détaille Véronique Escames, co-secrétaire générale du SNPPE.
On est en permanence sur le qui-vive, on se retrouve parfois seules pour donner les repas, stressées et obligés de faire plus vite, plus désordonné et donc c’est moins serein et consciencieux, résumait Cathy Ligère du Syndicat national de la petite enfance, avant le drame survenu dans une crèche privée de Lyon, où une auxiliaire puéricultrice est poursuivie pour meurtre après le décès d’une fillette de 11 mois.
« La situation des micro-crèches est particulières parce que effectivement, il y a plus de tâches à réaliser que dans les structures collectives. Les conditions de travails sont moins bonnes », explique Véroniques Escames, co-secrétaire du Syndicat des professionnels de la Petite Enfance. « Mais aujourd’hui, c’est généralisé », prévient-elle.
Le Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE), en revanche, entend « pointer du doigt le cadre réglementaire des micro-crèches ». Comme il l’explique, ces structures ont été instituées par un décret du 20 février 2007, initialement pour favoriser la création des places en secteur rural, avec un cadre dérogatoire : elles peuvent n’engager qu’un seul professionnel, « à l’ouverture et à la fermeture, jusqu’à trois enfants ». « Cette mesure est d’ailleurs aussi possible depuis le 1er avril 2020 en raison de la crise sanitaire pour l’ensemble des crèches quelle que soit leur capacité d’agrément », déplore le syndicat, dans un communiqué du 27 juin. Il exige donc de mettre fin, pour tous les établissements d’accueil du jeune enfant, à cette possibilité d’ouverture avec un seul professionnel. « La mort d’un bébé en crèche par manque d’encadrement est une mort de trop ! »