People & Baby : le SNPPE saisit le Premier ministre et demande un contrôle national du groupe

28 Juil 2026 | communiqués

Après la fermeture de deux crèches à Villejuif, le SNPPE demande une mission conjointe de l’IGAS et de l’IGF, un moratoire sur le développement de People & Baby et le réexamen de l’ensemble de ses autorisations.

Deux crèches People & Baby ont été fermées à Villejuif après des signalements portant sur des violences physiques, des propos racistes et des faits d’attouchement sexuel sur une enfant de deux ans et demi.

Une enquête pénale est ouverte. À ce stade, les faits allégués ne sont ni jugés ni définitivement établis.

Mais les informations publiées posent déjà une question majeure : comment les alertes internes ont-elles été traitées ?

Une professionnelle affirme avoir signalé à plusieurs reprises des enfants bousculés, des cris, des humiliations, des blessures insuffisamment prises en charge et des brimades racistes. Ces alertes seraient restées sans réponse effective.

Il aura fallu qu’une enfant mette elle-même des mots sur ce qu’elle aurait subi pour que les établissements ferment.

Et si cette enfant n’avait pas parlé ?

La protection des jeunes enfants ne peut pas dépendre de leur capacité à raconter ce qu’ils vivent.

Lorsqu’une professionnelle alerte sur des comportements susceptibles de mettre des enfants en danger, le gestionnaire doit immédiatement évaluer la situation, protéger les enfants, conserver les éléments utiles et saisir les autorités compétentes.

Le SNPPE demande donc que les conditions dans lesquelles les signalements de Villejuif ont été reçus, traités et éventuellement transmis soient pleinement intégrées au champ de l’enquête.

Au-delà des responsabilités individuelles susceptibles d’être établies, c’est également la responsabilité du gestionnaire qui doit être examinée : recrutement, accompagnement des équipes, encadrement de proximité, organisation des remplacements, contrôle des pratiques et protection des salarié·es qui alertent.

La thèse de « l’incident isolé » ne tient plus

En mai 2026, People & Baby avait qualifié d’« incident isolé » l’affaire d’une fillette de 21 mois hospitalisée après une journée dans une micro-crèche du groupe dans l’Oise, avec un taux d’alcoolémie de 2,14 grammes par litre de sang. L’origine de cette alcoolisation demeurait inexpliquée lors de la révélation publique de l’affaire.

Cette formule ne résiste plus à l’accumulation des événements.

En juin 2022, un bébé de onze mois mourait dans une micro-crèche People & Baby à Lyon après avoir ingéré un produit caustique.

Depuis novembre 2024, le groupe est également visé par une enquête ouverte après une plainte déposée par l’association Anticor concernant de possibles infractions économiques et financières liées à l’utilisation de fonds publics. Les faits dénoncés restent présumés.

En 2025, People & Baby annonçait par ailleurs un projet de fermeture de 44 crèches jugées structurellement déficitaires ou durablement en difficulté.

Depuis le drame de Lyon, le SNPPE a recensé dans la presse au moins 24 affaires distinctes concernant 25 établissements relevant de People & Baby, Babilou, Les Petits Chaperons Rouges et La Maison Bleue.

Ce recensement ne porte que sur les situations devenues publiques. Il ne dit rien de toutes celles qui restent confinées à l’intérieur des établissements, faute de signalement, de contrôle ou de médiatisation.

Le problème dépasse donc People & Baby et interroge plus largement le modèle des grands groupes privés lucratifs. Mais la répétition et la gravité des affaires concernant ce gestionnaire, les interrogations sur le traitement de ses alertes et l’instabilité de sa gestion justifient désormais une réponse exceptionnelle.

Le SNPPE saisit officiellement le Premier ministre

Par l’intermédiaire de ses conseils, William Bourdon et Vincent Brengarth, le SNPPE adresse une demande formelle au Premier ministre afin qu’une mission nationale conjointe de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale des finances soit diligentée sur People & Baby.

Le contrôle ordinaire des crèches reste principalement organisé à l’échelle des départements et des établissements. Cette organisation ne permet pas toujours d’identifier les mécanismes communs à plusieurs structures relevant d’un même groupe national.

Une mission IGAS-IGF permettrait au contraire d’examiner People & Baby dans son ensemble :

  • son siège et ses directions régionales ;
  • ses procédures internes de signalement ;
  • ses politiques de recrutement, de remplacement et d’encadrement ;
  • son organisation économique ;
  • l’affectation des moyens aux établissements ;
  • les éventuels flux financiers entre les différentes entités du groupe.

Les outils juridiques existent. Ils ont déjà permis à l’IGAS de contrôler le siège de La Maison Bleue et dix-sept de ses établissements.

Ce qui manque désormais n’est plus le droit : c’est la décision politique de l’appliquer à People & Baby.

Ce que demande le SNPPE

Le SNPPE demande au Gouvernement :

  1. Une mission nationale conjointe IGAS-IGF portant sur l’ensemble du groupe People & Baby.
  2. Un moratoire immédiat sur toute nouvelle autorisation, reprise d’établissement, délégation de service public ou réservation de berceaux au bénéfice du groupe.
  3. Le réexamen coordonné de toutes les autorisations détenues par ses établissements.
  4. Le recours à l’administration provisoire, à la suspension ou à la fermeture lorsque la santé, la sécurité et le bien-être des enfants ne peuvent être garantis.
  5. L’extinction programmée de l’activité de People & Baby comme gestionnaire de crèches, avec transfert organisé des établissements vers des gestionnaires présentant des garanties suffisantes.

Les professionnel·les et les familles ne doivent pas payer

La remise en cause de People & Baby comme gestionnaire ne doit entraîner ni licenciements massifs ni disparition brutale des places d’accueil.

Le SNPPE exige :

  • le maintien des contrats de travail, des rémunérations et de l’ancienneté ;
  • la reprise des équipes lorsque les conditions légales sont réunies ;
  • une protection effective des professionnel·les qui signalent des faits ;
  • l’absence de toute mesure de rétorsion ;
  • des solutions immédiates et transparentes pour les familles.

Les salarié·es ne doivent pas devenir les fusibles d’un système qu’elles et ils subissent souvent autant que les enfants et leurs parents.

Pour chaque situation grave portée à sa connaissance, le SNPPE saisira désormais le président du conseil départemental, le préfet et la CAF. Il accompagnera juridiquement les professionnel·les qui alertent et agira contre toute mesure de représailles.

Les professionnel·les qui parlent ne provoquent pas les scandales : elles et ils empêchent qu’ils deviennent des drames.

Assez d’alertes. Assez de scandales. Assez d’inaction.

La protection des enfants ne peut pas dépendre d’un article de presse, du courage isolé d’une salariée ou de la capacité d’une enfant de deux ans à raconter ce qu’elle aurait vécu.

People & Baby ne présente plus les garanties nécessaires pour continuer à gérer des crèches.

Le Gouvernement doit agir maintenant.

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