FNAS 2025 : 640 millions d’euros non consommés dans la petite enfance — l’argent existe, la politique manque

23 Mar 2026 | communiqué

Chaque année, la Caisse Nationale des Allocations Familiales publie le bilan de son Fonds national d’action sociale (FNAS). Celui de 2025, présenté le 17 mars dernier, révèle une réalité que le SNPPE dénonce depuis des années : l’argent pour la petite enfance existe, il est voté, il est disponible — mais il ne parvient pas aux professionnel·le·s ni aux familles qui en ont besoin. 640 millions d’euros n’ont pas été consommés. Ce n’est pas un accident. C’est le résultat d’années d’absence de politique.

Ce que dit le bilan FNAS 2025 — et ce qu’il faut comprendre

Le FNAS, c’est le fonds qui finance les crèches, les relais petite enfance, les assistantes maternelles, et bien d’autres services aux familles. Il est abondé chaque année dans le cadre de la Convention d’Objectifs et de Gestion (COG) signée entre l’État et la CNAF.

En 2025, ce fonds disposait de moyens conséquents. Pourtant, 640 millions d’euros destinés à la petite enfance sont restés non consommés. Répartis entre 416 millions sur le fonctionnement et 224 millions sur l’investissement, ces crédits témoignent d’un secteur en grande difficulté — non faute de budget, mais faute de conditions permettant de l’utiliser.

Et ce n’est pas une première. Regardons les chiffres des trois dernières années :

AnnéeTotal sous-consommédont fonctionnement PEdont investissement PE
2023406,3 M€66,4 M€non précisé
2024~318 M€122 M€196 M€
2025640 M€416 M€224 M€

Sources : bilans FNAS 2023-2025 (CA CNAF mai 2024, avril 2025 ; note CAS CNAF 17 mars 2026). Données compilées par le Bureau National du SNPPE.

La sous-consommation 2025 est la pire enregistrée depuis le début de la COG 2023-2027. Elle double celle de 2024 et dépasse de 57% celle de 2023. En trois ans, c’est plus de 1,3 milliard d’euros qui n’ont pas atteint les familles et les professionnel·le·s.

Pourquoi cet argent n’est-il pas dépensé ?

La réponse tient en deux réalités que la CNAF elle-même reconnaît dans son document technique.

Côté investissement, les nouvelles places de crèches ne se créent pas. En 2025, seulement 5 573 nouvelles places ont vu le jour — contre les dizaines de milliers promis. Depuis 2023, c’est 15 966 places créées au total, soit environ 30 000 de moins qu’annoncé par l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne en janvier 2023. La raison ? Les collectivités locales n’ont plus les moyens financiers d’investir, et le secteur n’attire plus les professionnel·le·s. Ce sont deux conséquences directes de l’absence de revalorisation salariale et du désengagement progressif de l’État.

Côté fonctionnement, la CNAF identifie des places gelées et des réductions horaires dans les structures existantes — faute de personnel qualifié. Le mécanisme est cruel dans sa simplicité : il y a de l’argent pour financer des heures d’accueil, des familles qui en ont besoin, mais pas assez de professionnel·le·s pour ouvrir ou maintenir les capacités. Le taux de couverture national s’établit à seulement 60,9 places pour 100 enfants de moins de 3 ans (ONAPE 2025) — et encore, ce chiffre inclut des places gelées ou à temps partiel.

Pourquoi cette pénurie de professionnel·le·s ? Parce que les métiers de la petite enfance sont sous-payés, physiquement éprouvants, et insuffisamment reconnus. Les troubles musculo-squelettiques, l’épuisement professionnel, le turnover élevé — tout cela est documenté depuis des années. Ce n’est pas une fatalité : c’est le résultat d’un sous-investissement chronique dans les ressources humaines du secteur.

Un signal positif à ne pas laisser passer

Au milieu de ce tableau sombre, un fait historique mérite d’être souligné : pour la première fois depuis 2018, le secteur public devance le secteur marchand dans la création de places — 2 115 places publiques contre 1 461 places marchandes.

Le SNPPE y voit la confirmation de ce qu’il défend depuis sa création : quand le service public investit, il crée des places pérennes, accessibles à toutes les familles, sans logique de rentabilité. Quand le marché est sous pression économique, il ferme. Ce signal doit orienter les choix politiques à venir.

Ce que le SNPPE demande

Les administrateurs de la Commission d’action sociale de la CNAF souhaitent qu’un budget rectificatif soit présenté au Conseil d’administration le 8 avril 2026, afin de réemployer les fonds non consommés. Le SNPPE soutient cette démarche — mais pose des conditions claires sur l’utilisation de ces 640 millions.

1. Une revalorisation salariale universelle. Tous les professionnel·le·s de la petite enfance, qu’ils et elles travaillent dans une crèche publique, associative ou privée, qu’ils et elles soient financé·e·s par la PSU ou la PAJE, dans n’importe quelle collectivité de France. La revalorisation ne peut pas dépendre de la bonne volonté de chaque gestionnaire ou de chaque élu local. C’est une responsabilité de l’État. Le SNPPE revendique 350 € nets mensuels supplémentaires — soit les 300 € revendiqués depuis 2021, actualisés à l’inflation 2026 (+15,5% selon l’INSEE).

2. Un soutien prioritaire au secteur public et associatif non lucratif. Ce sont les seules structures qui garantissent la pérennité de l’offre indépendamment des aléas économiques.

3. La transparence. Résultats des contrôles PMI rendus publics, reprise des contrôles IGAS dans les sièges des groupes gestionnaires privés — Mme Vautrin avait annoncé un contrôle par an devant la commission d’enquête parlementaire en 2024. Cet engagement n’a pas été tenu.

4. Pas de chèque en blanc au secteur lucratif. Aucune augmentation automatique des financements vers les opérateurs privés sans évaluation préalable de l’utilisation des fonds déjà perçus. La question que le SNPPE pose publiquement : où sont passés les bénéfices des années fastes ? Pas dans les salaires des professionnel·le·s. Pas dans la qualité d’accueil. Dans les comptes des actionnaires. Et c’est désormais à l’argent public de compenser ?

Le 26 mars, le SNPPE interpelle la ministre

Le 26 mars 2026, Mme Rist, ministre des Familles, rencontrera les membres du comité de filière petite enfance réunis en plénière. Le SNPPE, membre du Bureau de ce comité, portera ces questions directement devant elle.

640 millions non consommés. 30 000 places manquantes. Des professionnel·le·s qui quittent le secteur faute de reconnaissance. La politique petite enfance ne peut plus se satisfaire de promesses non tenues et de budgets non dépensés.

Il est temps d’agir.

En chiffres

  • 640 M€ non consommés dans la petite enfance en 2025
  • +101% par rapport à 2024
  • 1,3 milliard non consommé en 3 ans de COG
  • 5 573 nouvelles places créées en 2025 (objectif : plusieurs dizaines de milliers)
  • 60,9 places pour 100 enfants de moins de 3 ans (ONAPE 2025)
  • 350 € nets/mois : revendication salariale du SNPPE actualisée à l’inflation 2026

Communiqué à télécharger

Source : Les Pros de la Petite Enfance

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