Décret micro-crèches : les professionnel·les n’ont pas à payer l’improvisation du gouvernement

6 Mai 2026 | communiqué

Le SNPPE exige une clarification immédiate et un véritable plan national de qualification

Le lundi 4 mai, le rapporteur public du Conseil d’État a recommandé l’abrogation des dispositions du décret du 1er avril 2025 relatives aux exigences de qualification dans les micro-crèches.

Cette recommandation intervient quelques semaines seulement après l’annonce faite, le 26 mars, par la ministre Stéphanie Rist, qui évoquait un simple report d’un an.

Pour le SNPPE, cette séquence révèle un pilotage à vue de la petite enfance. Le gouvernement ne peut pas annoncer un report aux professionnel·les, laisser prospérer l’hypothèse d’une abrogation devant le juge, puis demander au terrain de s’adapter sans calendrier clair, sans garanties et sans moyens.

Les professionnel·les n’ont pas à payer l’improvisation du gouvernement.

Selon l’ONAPE 2025, les crèches représentent 165 900 ETP théoriques, dont 147 300 auprès des enfants. Les micro-crèches représentent à elles seules 37 200 ETP. Ce ne sont donc pas des ajustements techniques marginaux : ce sont des dizaines de milliers de professionnel·les qui sont directement concerné·es par cette instabilité réglementaire.

La pénurie ne peut plus servir d’excuse

Le gouvernement invoque aujourd’hui la pénurie de professionnel·les qualifié·es. Mais cette pénurie n’est pas apparue en 2026. Elle était connue, documentée et déjà vécue dans les établissements au moment de la publication du décret.

L’ONAPE 2025 chiffre à 13 700 ETP vacants les besoins de professionnelles en crèche, dont 6 300 vacants depuis plus de trois mois. Le taux de vacance atteint 8,3 % au niveau national, et 8,7 % pour les fonctions auprès des enfants.

Lors du Comité de filière petite enfance, la CNAF a également objectivé un constat majeur : la baisse de l’accueil en crèche est directement liée au manque de professionnel·les. Faute de personnel, des places existent parfois sur le papier, mais ne peuvent plus être réellement ouvertes aux familles.

Le sujet n’est donc pas seulement le sort d’un décret. Le sujet, c’est l’absence de stratégie nationale pour former, reconnaître, fidéliser et remplacer les professionnel·les.

Pour la qualification, mais pas contre les professionnel·les

Le SNPPE défend une montée en qualification du secteur de la petite enfance. Mais cette qualification doit être un droit, une reconnaissance et un levier de qualité. Elle ne doit jamais devenir une menace.

Le SNPPE ne laissera pas les professionnel·les servir de fusibles à une réforme mal préparée.

Défendre les salarié·es, ce n’est pas renoncer à l’exigence de qualification. C’est exiger qu’elle soit financée, organisée, sécurisée et construite avec celles et ceux qui accueillent les enfants chaque jour.

Les gestionnaires ne peuvent pas s’abriter derrière l’instabilité réglementaire pour transférer le coût de la réforme sur les salarié·es. L’État ne peut pas s’abriter derrière la pénurie pour renoncer à toute ambition qualitative.

Ce que demande le SNPPE

Le SNPPE exige une clarification officielle immédiate : le gouvernement doit dire clairement s’il entend reporter, modifier ou abroger les dispositions concernées. Les professionnel·les ne peuvent pas rester suspendu·es à des annonces contradictoires.

Le SNPPE demande un plan national de qualification et d’attractivité, pluriannuel, financé et opérationnel : formation, VAE, reconnaissance de l’expérience, temps de formation rémunéré, remplacements organisés et absence totale de reste à charge pour les salarié·es.

Le SNPPE exige également un rappel ferme aux employeurs : aucune professionnelle ne doit être contrainte de mobiliser son CPF, de financer elle-même une VAE, de se former sur son temps personnel non rémunéré ou de subir des pressions disciplinaires du fait d’une réforme instable.

La qualification ne peut pas être une injonction individuelle. Elle doit devenir une politique publique structurée, financée et protectrice.

Les professionnel·les méritent la vérité et des moyens

Les professionnel·les de la petite enfance ne sont pas des variables d’ajustement réglementaire.

Elles accueillent les enfants, accompagnent les familles et tiennent les établissements malgré la pénurie. Elles méritent des droits respectés, des qualifications reconnues, des emplois sécurisés et des moyens réels.

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