Le Syndicat National des Professionnel·le·s de la Petite Enfance publie un communiqué à la suite des faits survenus à la micro-crèche « Les Petits Gaulois » de Plailly, dans l’Oise, où un bébé aurait été retrouvé alcoolisé après une journée d’accueil.
À ce stade de l’enquête, le SNPPE ne se substitue évidemment pas à la justice. Il lui appartient d’établir les circonstances exactes des faits, les responsabilités éventuelles et les suites judiciaires à donner.
Mais cette affaire ne peut pas être traitée comme un simple fait divers.
Elle intervient dans un contexte que le SNPPE dénonce depuis des années : celui d’un secteur de la petite enfance fragilisé, sous tension, insuffisamment contrôlé, et dans lequel les micro-crèches privées lucratives exposent trop souvent enfants et professionnel·les à des organisations instables, sous-dotées et fortement dépendantes de logiques gestionnaires.
Une affaire grave, dans un contexte déjà très préoccupant
La micro-crèche concernée est exploitée par le groupe People & Baby, déjà visé par de nombreux signalements publics et par une plainte d’Anticor. Le SNPPE alerte depuis longtemps sur les dérives du secteur privé lucratif : pression sur les équipes, turn-over, isolement professionnel, sous-effectifs, recherche de rentabilité et affaiblissement des garanties de sécurité.
Le communiqué du SNPPE rappelle également qu’une mesure réglementaire importante devait entrer en vigueur en septembre 2026 : la fin de la possibilité pour un·e seul·e professionnel·le d’assurer l’ouverture ou la fermeture d’une micro-crèche. Cette garantie est aujourd’hui menacée par un report annoncé à septembre 2027 et par les incertitudes entretenues autour de son application.
Pour le SNPPE, la pénurie de professionnel·les ne peut plus servir de prétexte à l’affaiblissement des garanties de sécurité.
Des contrôles possibles, des responsabilités à exercer
Le SNPPE demande l’activation de tous les leviers de contrôle prévus par l’article L.2324-2 du Code de la santé publique.
Cet article permet notamment au président du conseil départemental de contrôler les conditions d’installation, d’organisation et de fonctionnement des EAJE, afin de vérifier qu’elles ne présentent pas de risques pour la santé, la sécurité, le bien-être physique ou mental ou l’éducation des enfants accueillis. Il permet également au préfet de diligenter ces contrôles à tout moment, aux CAF de contrôler l’emploi des fonds publics versés, et à l’IGAS comme à l’IGF de contrôler les établissements, leurs gestionnaires et les sociétés qui les contrôlent directement ou indirectement.
Face à la gravité des faits, l’absence d’explication identifiée ne peut pas être considérée comme une garantie suffisante. Elle doit au contraire conduire à renforcer les exigences de contrôle avant toute reprise d’activité.
Une réouverture inacceptable sans garanties publiques
La communauté de communes de l’Aire cantilienne a annoncé une réouverture de la micro-crèche courant juin 2026, en indiquant que les expertises menées n’avaient pas permis d’identifier d’éléments de malveillance.
Pour le SNPPE, cette annonce est inacceptable en l’état.
Le syndicat demande la suspension de toute réouverture tant que les circonstances des faits ne sont pas établies et tant qu’un plan de sécurisation complet n’a pas été présenté aux familles, aux autorités de contrôle et aux professionnel·les.
L’absence d’explication identifiée n’est pas une absolution. Les garanties apportées à ce jour ne suffisent pas à démontrer que la sécurité des enfants est pleinement rétablie.
Le SNPPE exige des actes
Dans son communiqué, le SNPPE formule quatre exigences principales :
Suspendre toute réouverture tant que les circonstances des faits ne sont pas établies et qu’un plan de sécurisation complet n’a pas été présenté.
Activer sans délai tous les leviers de contrôle prévus par l’article L.2324-2 du Code de la santé publique : contrôle PMI, contrôle préfectoral, contrôle CAF des fonds publics et contrôle IGAS/IGF du groupe People & Baby, de ses sociétés gestionnaires et des sociétés qui les contrôlent.
Fixer en urgence un rendez-vous avec le cabinet de Mme Rist, avec un ordre du jour clair : la sécurité des enfants dans les micro-crèches privées.
Engager un plan national de qualification, d’attractivité et de qualité d’accueil, fondé sur une formation initiale renforcée, la revalorisation salariale, l’amélioration des taux d’encadrement, la fin des diplômes au rabais et un contrôle réel des gestionnaires.
Ne pas faire des professionnel·les les fusibles du système
Le SNPPE tient également à rappeler son soutien aux professionnel·les de terrain.
Les équipes qui travaillent dans ces micro-crèches sont souvent elles-mêmes victimes d’un système qui les sous-dote, les surcharge et les isole. Elles ne doivent pas servir de fusibles à des organisations dont les responsabilités doivent être recherchées à tous les niveaux : gestionnaires, autorités de contrôle, donneurs d’ordre publics et pouvoirs publics.
Le SNPPE propose un accompagnement juridique et syndical aux professionnel·les de la structure concernée. Elles ne doivent pas rester seules face aux pressions de leur employeur.
« Les enfants ne peuvent pas attendre que le dialogue institutionnel reprenne. Nous non plus. »







