Salaires, ratios, qualifications : le SNPPE porte les priorités du secteur au cabinet du ministère

12 Mai 2026 | News

Le 13 mai 2026, le Bureau National du SNPPE rencontre le cabinet de Mme Stéphanie Rist, Ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées. Nous n’y allons pas les mains vides.

Pendant un mois, du 7 avril au 10 mai, nous avons demandé aux professionnel·les de la petite enfance de nous dire ce qu’elles et ils voulaient que nous portions devant le ministère. 1 133 d’entre elles et eux ont répondu. AP, AEPE, EJE, directrices, IDE — de Dunkerque à La Réunion, en crèche municipale comme en micro-crèche privée.

Ce sondage n’est pas une enquête statistique. Il documente la parole de celles et ceux qui avaient besoin de parler. C’est précisément ce qui lui donne sa force.

Ce que le terrain dit — clairement, unanimement

Ce chiffre ne signifie pas que trois professionnel·les sur quatre vont démissionner demain. Il signifie qu’elles et ils ont atteint un niveau de souffrance suffisant pour envisager de tout arrêter. C’est un signal d’alarme systémique — cohérent avec les 13 700 postes vacants documentés par l’ONAPE 2025.

La priorité absolue est sans ambiguïté : 39 % placent la revalorisation salariale en premier, 25 % les conditions de travail et le remplacement des absents, 17 % la révision des ratios d’encadrement. Ce triptyque est identique dans tous les métiers, tous les secteurs, toutes les régions. Ce n’est pas une revendication catégorielle — c’est un diagnostic partagé par tout un secteur.

Les mots du terrain sont directs :

« En 21 années d’expérience, cette année j’ai dû laisser pour la première fois un bébé pleurer tout seul pour s’endormir. Je ne suis plus dans mes valeurs d’EJE. »

« Au moment du repas, 1 adulte pour 5 non marcheurs. Le temps qu’une pro donne le repas à 1 enfant, les 4 autres sont en pleurs car eux aussi ont faim. »

« Je suis IDE et EJE, plus de 20 ans d’expérience dans la petite enfance — normal d’être toujours à 2 356 € brut ? »

Là où le privé lucratif s’est le plus implanté, la situation est la plus grave : 48 % des professionnel·les du secteur lucratif envisagent sérieusement de partir, contre 32 % dans l’associatif. La marchandisation du secteur produit une fuite deux fois plus intense que le modèle associatif :

« Les enfants ne sont pas de la marchandise et les professionnels ne sont pas des robots. »

« Tant que la rentabilité sera l’objectif principal des PDG de micro-crèches, le bien-être des professionnels ne peut être que partiellement pris en compte. »

Les gestes invisibles — une souffrance qui ne se dit pas dans les cases à cocher

La pénibilité physique du métier est très présente dans les messages libres et quasi-absente des questions fermées. Elle n’était pas dans le vocabulaire syndical habituel des répondant·es — mais elle est dans leur corps, chaque jour :

« Après plus de 30 ans passés en crèche, j’ai fait un burn-out. Je suis cassé de partout. »

« Notre métier, c’est notre corps comme outil de travail — porter, se lever, se baisser, une trentaine de fois par jour, sans compter la perte d’ouïe liée aux pleurs. »

Et si le ministère ne donne pas suite ? 74 % sont prêts à se mobiliser. Seulement 3 % refusent catégoriquement.

Ce que nous portons mercredi

Le SNPPE se présente avec cinq demandes — construites à partir des voix du terrain, des données de l’ONAPE 2025 et du FNAS 2025 présentées en CFPE par la CNAF, et des dossiers juridiques en cours. Elles s’inscrivent toutes dans le même positionnement : défendre les professionnel·les, c’est défendre la qualité d’accueil de l’enfant.

Demande 1 — Une revalorisation salariale immédiate et universelle

Pour toutes les professionnel·les — structures PSU, PAJE, assistantes maternelles — sans distinction de mode de financement. Le bonus attractivité actuel est inégalitaire et insuffisant. Le levier existe : le FNAS 2025 révèle 640 millions d’euros non consommés dans la petite enfance. L’argent est là. Ce qui manque, c’est la volonté politique de le flécher vers les salaires.

Demande 2 — Le respect effectif des ratios d’encadrement

Les ratios mentionnés dans le Code de la santé publique sont un minimum à respecter — pas une règle quotidienne à atteindre « quand c’est possible ». Or le contexte de pénurie engendre une pression constante sur les équipes — changements de planning, de temps de pause, de jours de congés — pour tenter de maintenir ces ratios a minima. Avec 13 700 ETP vacants et un taux de vacance à 8,3 %, les ratios théoriques ne reflètent plus la réalité du terrain. Le SNPPE exige que la réglementation soit respectée partout et à chaque instant. C’est la condition d’une qualité — et non d’une quantité — d’accueil au quotidien.

Demande 3 — La reconnaissance des qualifications et de la pénibilité

Créer des diplômes rapides pour pallier la pénurie tout en déqualifiant les diplômes existants (DEAP, AEPE, EJE) est une double peine et une impasse. La pénibilité physique du métier mérite une reconnaissance réglementaire spécifique : transposition de la catégorie active pour les auxiliaires de puériculture, prise en charge des maladies professionnelles, droits à retraite anticipée cohérents avec la réalité de l’usure professionnelle — en lien avec le compte pénibilité.

Demande 4 — Un encadrement strict du privé lucratif et la transparence des contrôles

Les données sont sans ambiguïté : là où le privé lucratif domine, la fuite est la plus forte et les témoignages de dysfonctionnements les plus graves. Le SNPPE demande le renforcement des contrôles par la PMI et les autres administrations compétentes (DREETS notamment), la protection des professionnel·les qui alertent sur des situations de maltraitance ou de non-respect des normes — sur le modèle de la protection des lanceurs d’alerte — et la mise en cause de la responsabilité des gestionnaires en cas de non-respect répété des taux d’encadrement.

Sur la transparence des contrôles IGAS, le SNPPE pose des questions précises. Le rapport IGAS n°2024-010R sur La Maison Bleue a été publié en version occultée, à la demande expresse du groupe. Or il documente des pratiques susceptibles de qualification pénale — l’IGAS a elle-même saisi le procureur de la République. Le groupe avait pourtant annoncé dans un communiqué du 16 juin 2025 s’engager dans « un plan de transformation ambitieux de plus de 76 mesures ». Le SNPPE demande : quel délai a été donné pour corriger ces dysfonctionnements ? Quels groupes ont été contrôlés depuis La Maison Bleue ? À quel calendrier pour les suivants ? Mme Vautrin s’était engagée devant la commission d’enquête parlementaire à un rythme d’au moins un contrôle par an. Ces engagements doivent être tenus.

Demande 5 — Un plan national de formation

La petite enfance, comme bon nombre de métiers du care, est un pilier invisible du système économique. Ce sont des métiers féminins dévalorisés par construction. Pour casser la spirale de la pénurie, la revalorisation salariale est le préalable indispensable — on ne peut pas former efficacement des professionnel·les avec un tel turn-over. Une fois ce préalable acté, le SNPPE est prêt à travailler avec le ministère sur un plan massif : effectifs des formations initiales relevés, formation continue obligatoire et mieux valorisée, absence totale de reste à charge pour les salarié·es, organisation des remplacements pendant les formations. C’est aussi la condition sine qua non pour envisager des ambitions comme celle du Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan sur la crèche pour tous à partir de 1 an. Sans professionnel·les qualifié·es en nombre suffisant, cette ambition restera lettre morte.

Les dossiers réglementaires toujours en attente

Deux dossiers juridiques actifs seront également au cœur de la rencontre.

Le recours au Conseil d’État contre le décret n° 2025-1207 du 10 décembre 2025, qui intègre le titre professionnel IEPE au même niveau que les diplômes d’État dans les taux d’encadrement. Pour le SNPPE, cette équivalence est illégale et dangereuse : les compétences sanitaires, essentielles dans l’accueil du jeune enfant, ne sont pas interchangeables. La question de fond reste posée : quel niveau d’exigence la société française souhaite-t-elle pour l’accueil de ses jeunes enfants ?

Le décret du 1er avril 2025 sur les micro-crèches place le secteur dans une situation intenable. Le rapporteur public du Conseil d’État a recommandé l’abrogation de certaines de ses dispositions le 4 mai — quelques semaines seulement après l’annonce d’un simple report d’un an par la ministre. Entre report et abrogation possible, le terrain ne sait plus où il en est. Le SNPPE exige une ligne claire du gouvernement : quelle est la politique réelle sur les qualifications dans les micro-crèches ? La réponse ne peut pas être la création de diplômes au rabais fabriqués à la va-vite pour colmater les brèches d’une réglementation mal anticipée. Ce qu’il faut, c’est une politique ambitieuse de formation — pas de l’improvisation. Et pendant ce temps, des employeurs demandent à leurs salarié·es de financer elles-mêmes leur VAE de mise en conformité — en violation de l’article L.6321-1 du Code du travail. Les professionnelles n’ont pas à payer l’improvisation du gouvernement.

📷 : Wikipédia

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