Les crèches familiales occupent une place à part dans le paysage de l’accueil du jeune enfant. Elles conjuguent un accueil individualisé au domicile de l’assistante maternelle et un pilotage par une collectivité territoriale, garantissant un cadre de service public structuré (accompagnement, coordination, formation, suivi).
Pourtant, ce mode d’accueil connaît un déclin préoccupant : – 32,2 % de places entre 2019 (28 200 places) et 2024 (19 120 places) selon le rapport ONAPE 2025.
Ce recul n’est pas anecdotique. Il interroge la capacité de notre pays à maintenir la diversité des modes d’accueil et à répondre aux besoins des familles sur l’ensemble des territoires, notamment ruraux ou périurbains.
Un statut inadapté et juridiquement instable
Le cœur du problème réside dans le statut actuel des assistantes maternelles exerçant en crèche familiale.
Aujourd’hui, elles relèvent d’un statut d’« emploi particulier », qui entretient une insécurité juridique et une inégalité de traitement. Bien qu’elles exercent une mission de service public au sein de collectivités territoriales, elles ne bénéficient pas pleinement du cadre protecteur applicable aux agents contractuels de droit public.
Ce positionnement hybride :
- complexifie la gestion pour les employeurs publics,
- entretient une précarité structurelle,
- crée un différentiel défavorable avec les assistantes maternelles du particulier employeur,
- affaiblit l’attractivité du métier.
La sortie de ce statut dérogatoire et le rapprochement avec le régime des agents contractuels de la fonction publique territoriale constituent un préalable indispensable à toute relance du dispositif.
Une rémunération en dessous des standards
Autre point d’alerte majeur : la rémunération.
Le salaire minimum légal applicable aux assistantes maternelles de crèche familiale ne permet pas d’atteindre une rémunération équivalente au SMIC horaire pour l’accueil de trois enfants.
Dans le même temps, le salaire minimum brut conventionnel des assistantes maternelles du particulier employeur a été revalorisé de 15,38 %, portant le minimum horaire par enfant à 4,20 € brut, contre 3,38 € pour celles exerçant en crèche familiale, soit un écart d’environ 25 %.
Cette situation génère :
- un déficit d’attractivité,
- une fuite vers d’autres formes d’exercice,
- des difficultés majeures de recrutement pour les collectivités,
- une instabilité des équipes au détriment des enfants et des familles.
Contrairement aux autres agents de la fonction publique territoriale, la rémunération demeure variable et insuffisamment sécurisée.
Une méconnaissance persistante du dispositif
Au-delà des aspects statutaires et salariaux, les crèches familiales souffrent d’un déficit de visibilité.
Ce mode d’accueil est peu valorisé dans les supports institutionnels nationaux et locaux. Il est parfois mal identifié par les familles et insuffisamment présenté aux professionnelles lors des réunions d’information.
Cette méconnaissance nourrit des représentations erronées et contribue à son érosion progressive.
Les revendications portées par le SNPPE
Aux côtés des organisations signataires du communiqué du 26 février 2026, le SNPPE soutient la mise en œuvre urgente d’un plan d’actions gouvernemental articulé autour de quatre axes structurants :
Sortie du statut d’« emploi particulier »
Reconnaissance des assistantes maternelles de crèche familiale comme agents contractuels occupant des emplois permanents dans la fonction publique territoriale, avec adaptations spécifiques liées à la profession.
Revalorisation substantielle et sécurisation des rémunérations
Mise en conformité avec un niveau de rémunération attractif et stabilisé, dans le cadre de négociations avec les partenaires sociaux.
Campagne nationale et territoriale de valorisation du métier
Promotion active de ce mode d’accueil auprès des familles et des professionnelles.
Adaptation du financement
Intégration des spécificités des crèches familiales dans la réforme du financement des modes d’accueil, notamment via une PSU adaptée.
Défendre la pluralité des modes d’accueil
La disparition progressive des crèches familiales ne serait pas un simple ajustement du marché de l’accueil : elle constituerait un recul du service public et un appauvrissement de l’offre pour les familles.
Dans un contexte de tension structurelle sur les métiers de la petite enfance, l’attractivité ne se décrète pas : elle se construit par des choix statutaires clairs, des garanties salariales et une reconnaissance pleine et entière des professionnelles.
Le SNPPE continuera d’interpeller les pouvoirs publics afin que les travaux déjà produits par les instances consultatives et les corps d’inspection ne demeurent pas sans suite.
Maintenir et développer les crèches familiales, c’est défendre la qualité d’accueil, la stabilité des équipes et la cohésion territoriale.
